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Energy & Infrastructure••7 min de lecture

SMR pour datacenters IA : le pari nucléaire 24/7 qui redessine l'investissement énergétique en Europe

Par Lila Benhammou, Co-Fondatrice & CIO — FINXIA Capital

Aux États-Unis, les hyperscalers ne signent plus seulement des contrats solaires : ils achètent des réacteurs. Amazon, Microsoft et Google ont verrouillé près de 10 GW nucléaires en deux ans. En Europe, le mouvement commence — et il va réécrire la valeur des sites.

Le raisonnement est simple. Un datacenter IA consomme en continu, jour et nuit. Or un PPA classique garantit une énergie renouvelable sur l'année, pas sur l'heure : à 3 heures du matin sans vent, le site tourne sur le mix du réseau. Les hyperscalers passent donc au 24/7 carbon-free energy : chaque heure de consommation doit être couverte par une production décarbonée.

Seules trois sources tiennent cette promesse à l'échelle d'un campus de plusieurs centaines de mégawatts : l'hydroélectricité, le nucléaire existant et les SMR — ces petits réacteurs modulaires de 50 à 300 MW conçus pour être fabriqués en usine et installés au plus près des sites de consommation.

Où en est l'Europe

La France dispose d'un atout unique : un parc nucléaire qui fournit déjà une électricité décarbonée à prix compétitif, et le programme NUWARD qui vise une première unité SMR à l'horizon 2030. Le Royaume-Uni avance avec Rolls-Royce SMR ; la Pologne et la République tchèque ont signé des accords. Mais aucun SMR ne tourne encore en Europe : les premières connexions réelles sont attendues entre 2030 et 2032.

En attendant, le marché se positionne. Les contrats signés aux États-Unis le montrent : l'électricité nucléaire 24/7 se monnaie 30 à 50 % au-dessus du prix de gros, parce qu'elle combine trois valeurs — volume, constance et décarbonation.

Ce que cela change pour l'investisseur

La prime 24/7 crée une segmentation nouvelle du marché. Un datacenter raccordé à une source décarbonée pilotable — nucléaire français, hydro nordique — capte une clientèle hyperscaler prête à payer plus cher le mégawattheure. Un site dépendant d'un mix intermittent subit l'effet inverse.

Pour les projets de long terme, la proximité d'un futur SMR devient une option de valeur : un site situé dans le périmètre d'un programme modulaire gagnera en attractivité à mesure que les unités seront financées. L'inverse est vrai aussi : parier sur un SMR non financé comme source principale relève du pari réglementaire, pas de la stratégie.

Comment nous l'appliquons chez FINXIA

Dans la stratégie TITAN DC AI, nous scorons chaque actif sur sa trajectoire énergétique à dix ans : mix actuel du réseau, contrats 24/7 accessibles, et distance aux programmes nucléaires en cours. La France et les pays nordiques dominent ce classement ; l'Espagne progresse grâce à son couple solaire-hydroélectricité.

Notre conviction : les actifs brown français raccordés au parc nucléaire historique offrent dès aujourd'hui l'équivalent fonctionnel d'un SMR — une électricité pilotable et décarbonée — sans attendre 2032 ni porter le risque de construction.

Ce qu'il faut retenir

Le 24/7 carbon-free energy devient le standard des hyperscalers, et le nucléaire — existant ou modulaire — est le seul moyen de le tenir à grande échelle en Europe. Les actifs déjà raccordés à une source pilotable décarbonée bénéficient d'une avance de cinq à sept ans.

À surveiller : les premiers contrats SMR européens signés par des hyperscalers, la décision finale d'investissement de NUWARD, et l'arrivée du critère 24/7 dans les appels d'offres de colocation.

Lila Benhammou est Co-Fondatrice et Directrice des Investissements (CIO) de FINXIA Capital SCSp, véhicule d'investissement propriétaire luxembourgeois positionné sur les actifs réels et l'infrastructure IA.