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Investment Analysis••6 min de lecture

Pourquoi l'Europe risque de perdre la bataille de l'IA par manque de raccordements électriques

Par Lila Benhammou, Co-Fondatrice & CIO — FINXIA Capital

L'Europe dispose des talents, des modèles d'IA et des ambitions. Mais elle manque cruellement d'une ressource pourtant banale : des raccordements électriques. Avec 67% des opérateurs de datacenters qui citent l'électricité comme leur défi numéro 1 et 18 GW de demandes en file d'attente rien qu'en France, le goulot d'étranglement énergétique menace de faire dérailler la souveraineté numérique européenne. FINXIA Capital analyse la prime de rareté qui en découle.

Le constat est implacable. RTE, gestionnaire du réseau de transport français, comptabilise 12 000 demandes de raccordement en attente, représentant 35 GW de capacité additionnelle d'ici 2030. Parmi ces demandes, les datacenters représentent environ 18 GW — soit l'équivalent de 18 réacteurs nucléaires. Les délais d'attente moyens dépassent désormais 5 ans pour les projets de grande taille.

Cette pénurie structurelle crée une fracture entre deux Europes. D'un côté, les pays nordiques — Norvège, Suède, Finlande — disposent d'un excédent électrique conséquent et de réseaux modernisés. De l'autre, la France, l'Allemagne et les Pays-Bas peinent à suivre la cadence. Amsterdam a suspendu les nouveaux projets de datacenters en 2024. Francfort voit ses prix de l'électricité industrielle grimper de 18% par an.

L'électricité, nouvelle monnaie des datacenters

Une étude récente de la Uptime Institute révèle que 67% des opérateurs mondiaux considèrent l'accès à l'électricité comme leur principal obstacle au déploiement. Ce chiffre monte à 78% en Europe occidentale. Le problème n'est pas la production — la France exporte encore de l'électricité — mais la capacité de transmission et les délais de raccordement.

Les datacenters IA de nouvelle génération sont particulièrement voraces. Un cluster de GPU NVIDIA Blackwell Ultra consomme 200 kW par rack. Une installation de 100 MW, désormais considérée comme de taille moyenne, nécessite un poste source dédié et des lignes à haute tension sur plusieurs kilomètres. Ces infrastructures prennent 3 à 7 ans à déployer, bien au-delà des cycles d'innovation de l'IA.

La prime de rareté sur les actifs raccordés

Dans ce contexte, les datacenters déjà raccordés au réseau électrique deviennent des actifs d'exception. Leur valeur ne se mesure plus seulement au mètre carré ou au MW installé, mais au temps économisé. Un site brownfield avec un raccordement existant et une autorisation d'exploitation valide vaut aujourd'hui 2 à 3 fois plus que son équivalent greenfield en développement.

Les hyperscalers l'ont bien compris. Microsoft, Amazon et Google paient désormais des primes de 40% à 60% pour louer des espaces dans des datacenters déjà alimentés, même si leur infrastructure de refroidissement est obsolète. Le contrat devient secondaire face à l'urgence de déployer des capacités de calcul. Cette prime de rareté bénéficie directement aux investisseurs positionnés sur les actifs brown.

La thèse d'investissement FINXIA Capital : le raccordement comme alpha

FINXIA Capital a intégré le statut de raccordement électrique comme critère de pondération majeur dans sa stratégie TITAN DC AI. Un site déjà connecté au réseau, même nécessitant une rénovation importante, présente un profil risque/rendement supérieur à un greenfield parfaitement conçu mais en attente de raccordement. Le temps est le nouvel alpha de l'investissement datacenter.

Le raisonnement est chiffré. Un site brown de 15 MW déjà raccordé, transformé pour l'IA avec refroidissement liquide, génère 5,2 millions d'euros de revenus annuels dès la première année. Un site greenfield identique, livré dans 4 ans après obtention du raccordement, verrait ses revenus différés et actualisés à seulement 3,8 millions en valeur actuelle nette. L'avantage du brownfield raccordé est de 37%.

Ce que les investisseurs doivent comprendre

La bataille de l'IA ne se gagnera pas dans les laboratoires de recherche, mais dans les postes sources et les lignes à haute tension. L'Europe qui ne parviendra pas à accélérer ses raccordements électriques verra ses champions de l'IA migrer vers les États-Unis ou le Moyen-Orient, où l'énergie est abondante et peu réglementée.

Pour l'investisseur, l'opportunité est claire : privilégier les actifs déjà raccordés sur les marchés européens les plus contraints. La prime de rareté sur ces sites ne fera que croître jusqu'en 2028, date à laquelle les nouvelles capacités de transport commenceront à réduire légèrement la tension. D'ici là, celui qui possède le raccordement possède le pouvoir. C'est la conviction qui guide FINXIA Capital.

Lila Benhammou est Co-Fondatrice et Directrice des Investissements (CIO) de FINXIA Capital SCSp, véhicule d'investissement propriétaire luxembourgeois positionné sur les actifs réels et l'infrastructure IA.