Retour au blog
Market Analysis7 min de lecture

Néoclouds vs hyperscalers : qui construit l'avenir du cloud européen ?

Par Lila Benhammou, Co-Fondatrice & CIO — FINXIA Capital

OVHcloud vient de lever 400 millions d'euros. Scaleway annonce 3 nouvelles régions. STACKIT, filiale cloud de Lidl, investit 1 milliard en Allemagne. Les néoclouds européens sont en offensive. Mais face à AWS (32% du marché mondial), Azure (23%) et Google Cloud (10%), peuvent-ils vraiment rivaliser ? La réponse est dans les datacenters.

Le marché du cloud européen vaut 127 milliards d'euros en 2026. Les hyperscalers américains en détiennent 65%. Les néoclouds européens en détiennent 12%. Le reste est partagé entre les clouds chinois (15%) et les acteurs nationaux (8%). Ces chiffres cachent une réalité plus complexe : la croissance des néoclouds est de 35% par an, contre 18% pour les hyperscalers. Le rattrapage est en cours.

Mais le rattrapage n'est pas technologique — il est infrastructurel. Un néocloud européen peut développer des logiciels aussi performants que AWS. Il ne peut pas, en revanche, construire des datacenters aussi vite. Un hyperscaler américain met 18 mois pour construire une région de 40 MW. Un néocloud européen met 3 à 4 ans. La différence n'est pas dans le code, elle est dans le béton, le cuivre et les permis d'urbanisme.

Les néoclouds : l'armée de l'ombre de l'Europe numérique

OVHcloud, le plus grand néocloud européen, compte 37 datacenters dans 19 pays. Scaleway en compte 8, mais avec une densité très forte en France. STACKIT, le plus petit, en compte 3 en Allemagne. IONOS, Hetzner, Exoscale — les acteurs se multiplient. Leur force commune : ils sont européens, souverains, et bénéficient d'un soutien réglementaire croissant.

Le GDPR, le Data Act, la directive NIS2 — chaque réglementation européenne renforce la position des néoclouds. Une entreprise qui traite des données de santé ne peut pas légalement les héberger sur AWS US-East. Elle doit choisir un cloud européen. C'est le marché captif qui fait la fortune des néoclouds. Mais ce marché captif est limité : il ne représente que 20% du marché total du cloud.

Les hyperscalers : la défense de l'empire

AWS, Azure et Google ne sont pas passifs. Ils investissent 15 milliards d'euros par an en Europe. Ils ouvrent des régions à Strasbourg, Madrid, Milan. Ils signent des partenariats avec des clouds souverains (Telefonica avec AWS, Deutsche Telekom avec Azure). Ils créent des 'clouds de confiance' — des entités juridiquement européennes qui hébergent les données sur le sol européen, mais restent contrôlées par des actionnaires américains.

Cette stratégie est redoutable. Elle permet aux hyperscalers de rester compétitifs sur le segment souverain sans renoncer à leur modèle économique. Un 'cloud de confiance' AWS facture 20% plus cher qu'AWS standard. Mais il est 30% moins cher qu'OVHcloud équivalent. Pour une entreprise qui cherche à réduire ses coûts tout en restant compliant, le choix est évident.

La thèse d'investissement : le datacenter comme arbitre

La bataille entre néoclouds et hyperscalers ne se gagnera pas dans les logiciels — elle se gagnera dans les datacenters. Celui qui contrôle l'infrastructure physique contrôle les coûts, la latence, la souveraineté. Et c'est là que les néoclouds européens ont un avantage structurel : ils sont plus proches des utilisateurs, plus flexibles sur les configurations, et mieux intégrés aux réseaux électriques locaux.

FINXIA Capital a identifié une opportunité spécifique dans ce segment : les datacenters de péripherie — edge datacenters — qui hébergent les workloads des néoclouds dans des villes secondaires. Lyon, Marseille, Toulouse, Barcelone, Milan. Ces marchés sont négligés par les hyperscalers mais saturés par la demande des PME locales. Un edge datacenter de 5 MW, certifié Tier III, peut générer des rendements de 12% à 15% — bien au-dessus des 6% à 8% des hyperscalers en marché primaire.

Ce que les investisseurs doivent comprendre

La guerre des clouds n'est pas une bataille binaire. Les hyperscalers ne disparaîtront pas. Les néoclouds ne les remplaceront pas. Ce qui se dessine, c'est une fragmentation du marché : les hyperscalers garderont les grands comptes et les workloads non critiques, les néoclouds captureront le segment souverain et réglementé, et les edge datacenters prendront le marché intermédiaire des PME et des administrations locales.

L'investisseur qui comprend cette tripartition peut positionner son capital dans chaque segment. Mais le segment le plus sous-adressé — et le plus rentable — est l'edge datacenter. Les actifs sont petits, les tickets d'entrée sont abordables, les rendements sont élevés, et la demande est structurelle. C'est là que FINXIA Capital concentre ses recherches actives.

Lila Benhammou est Co-Fondatrice et Directrice des Investissements (CIO) de FINXIA Capital SCSp, véhicule d'investissement propriétaire luxembourgeois positionné sur les actifs réels et l'infrastructure IA.