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Digital Infrastructure••6 min de lecture

HPC et exascale en Europe : l'investissement dans les supercalculateurs comme levier de souveraineté numérique

Par Lila Benhammou, Co-Fondatrice & CIO — FINXIA Capital

L'Europe vient de franchir un cap historique avec le supercalculateur Jupiter en Allemagne, le premier système exascale du continent. Parallèlement, la France accélère ses propres projets HPC pour sécuriser sa souveraineté numérique. Pour les investisseurs, ce basculement vers le calcul haute performance représente un marché en expansion rapide et un enjeu stratégique majeur. FINXIA Capital décrypte les opportunités d'investissement dans cette nouvelle donne géopolitique.

Jupiter, déployé au Forschungszentrum Jülich en Allemagne, est le premier supercalculateur européen à dépasser le seuil de l'exaflop — soit un milliard de milliards d'opérations par seconde. Ce monstre de 500 millions d'euros, financé à 50% par l'UE et 50% par l'Allemagne, symbolise la détermination européenne à ne plus dépendre des infrastructures américaines et chinoises pour ses calculs stratégiques.

La France n'est pas en reste. Le supercalculateur Alice Recoque, piloté par le GENCI et opéré par le CEA à Bruyères-le-Châtel, sera le premier système exascale français : plus d'un exaflop en double précision, construit par Eviden et AMD pour un coût de 554 millions d'euros sur cinq ans, cofinancé par EuroHPC et le consortium Jules Verne (France, Pays-Bas, Grèce). Son installation a débuté en 2026.

La souveraineté numérique comme moteur d'investissement

La guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques ont révélé la vulnérabilité de l'Europe face à sa dépendance technologique. Les supercalculateurs ne sont plus des outils de recherche académique : ils sont devenus des actifs stratégiques pour la défense, la santé, la météo et l'IA souveraine. L'Union européenne a créé EuroHPC JU, un consortium doté de 7 milliards d'euros pour déployer huit supercalculateurs d'ici 2027.

Cette mobilisation créé un effet de levier considérable. Selon les projections disponibles, chaque euro investi dans le calcul exascale en générerait 4,3 en retombées économiques. Les besoins en infrastructure sont immenses : alimentations redondantes, boucles de refroidissement liquide avancées, sécurité physique renforcée. Les datacenters HPC ne ressemblent en rien aux centres de données cloud traditionnels.

Les opportunités concrètes pour les investisseurs

Selon les projections disponibles, le marché du HPC en Europe devrait croître de 12,8% par an jusqu'en 2030 pour atteindre 18 milliards d'euros. Trois segments attirent particulièrement l'attention : les sites d'hébergement spécialisés, les infrastructures de refroidissement liquide, et les réseaux électriques dédiés. Un datacenter HPC exascale consomme entre 20 et 50 MW, soit l'équivalent d'une ville de 50 000 habitants.

Les opérateurs de colocation haut de gamme bénéficient déjà de cette dynamique. Selon nos hypothèses, en France, les tarifs HPC sont 40% à 60% supérieurs aux tarifs cloud classiques. Les contrats sont plus longs (10-15 ans) et les barrières à l'entrée élevées. Les acteurs capables de fournir des environnements certifiés Tier IV avec refroidissement liquide et PUE inférieur à 1,2 captent la quasi-totalité de la demande institutionnelle.

La thèse d'investissement FINXIA Capital : le premium HPC

FINXIA Capital intègre la compatibilité HPC/exascale comme critère de sélection clé dans sa stratégie TITAN DC AI. Les sites capables d'accueillir des supercalculateurs européens bénéficient d'une prime de rareté structurelle. Les pouvoirs publics français et allemands privilégient les opérateurs locaux dotés de garanties de souveraineté, créant une niche protégée pour les investisseurs anticipant cette transition.

Selon nos hypothèses, le calcul est probant. Un site de 25 MW certifié HPC avec PUE 1,12 génère 8,5 millions d'euros de revenus annuels, contre 4,2 millions pour un datacenter cloud standard de même taille. L'investissement initial est supérieur de 30%, mais les taux d'occupation atteignent 95% sur des contrats pluriannuels. Le rendement ajusté au risque dépasse largement celui des actifs datacenter classiques.

Ce que les investisseurs doivent comprendre

La course à l'exascale n'est pas une mode technologique : c'est une reconfiguration géopolitique de l'infrastructure de calcul. Selon les projections disponibles, l'Europe dépensera plus de 15 milliards d'euros en HPC d'ici 2030, et chaque supercalculateur nécessite un écosystème physique complet. Les investisseurs qui positionnent leurs actifs sur cette valeur montante bénéficient d'un vent arrière politique, réglementaire et économique.

La fenêtre d'investissement est 2026-2028. D'ici 2029, les sites HPC certifiés en Europe seront saturés et les prix auront atteint des niveaux de maturité. Celle qui investit aujourd'hui dans l'infrastructure exascale capture non seulement une prime de rendement, mais participe activement à la construction de la souveraineté numérique européenne. C'est la double conviction qui guide FINXIA Capital.

Lila Benhammou est Co-Fondatrice et Directrice des Investissements (CIO) de FINXIA Capital SCSp, véhicule d'investissement propriétaire luxembourgeois positionné sur les actifs réels et l'infrastructure IA.