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Energy & Infrastructure••6 min de lecture

Électricité : le vrai goulot d'étranglement des datacenters IA en Europe

Par Lila Benhammou, Co-Fondatrice & CIO — FINXIA Capital

Pendant deux ans, tout le monde a parlé de la pénurie de GPU. Elle n'est pas terminée, mais elle n'est plus le problème principal. En Europe, le facteur limitant des projets de datacenters IA s'appelle désormais le mégawatt. Rien qu'en France, 18 GW de demande sont en file d'attente auprès de RTE. Le constat vaut pour presque tous les marchés européens.

Quelques chiffres pour situer. RTE recense environ 12 000 demandes de raccordement en attente, soit quelque 35 GW de capacité supplémentaire d'ici 2030. Une part importante vient des datacenters, qui promettent des revenus par mégawatt très supérieurs aux usages industriels classiques. Les délais s'allongent en conséquence : cinq à sept ans dans certaines régions, contre deux à trois ans il y a dix ans.

Le décalage est frappant. Un rack Blackwell Ultra consomme 200 kW, et NVIDIA peut en livrer des milliers par trimestre. En face, une prise de plusieurs dizaines de mégawatts sur le réseau français se négocie en années. Le hardware va vite, l'électricité va lentement. Toute la difficulté est là.

La rareté ne concerne pas que la France

L'Irlande a suspendu une large part des nouveaux projets autour de Dublin, où les datacenters pèsent déjà plus de 20 % de la consommation nationale. Amsterdam a gelé les permis pendant plusieurs mois. Francfort voit ses prix de l'électricité industrielle augmenter à un rythme que les opérateurs n'avaient jamais connu. Partout, le même scénario se répète : la demande arrive plus vite que le réseau.

Cette tension a une conséquence directe sur les prix. Un terrain avec un raccordement confirmé et une autorisation en cours de validité se vend nettement plus cher qu'un terrain équivalent sans électricité. L'écart peut atteindre plusieurs millions d'euros par mégawatt sécurisé.

Ce que paie vraiment le marché

Les hyperscalers et les opérateurs de colocation ne cherchent plus des mètres carrés. Ils achètent des mégawatts datés. Un site raccordé disponible en 2027 vaut plus qu'un site deux fois plus grand disponible en 2031. Le temps est devenu la variable dominante des modèles financiers.

Pour les investisseurs, cela change la lecture des actifs. Un datacenter brownfield avec une prise existante, même modeste, dispose d'une option de valeur considérable : celle de monter en puissance sans repartir au bout de la file d'attente.

Notre lecture chez FINXIA

Nous considérons le raccordement électrique comme le premier critère de sélection de la stratégie TITAN DC AI, avant le bâtiment et avant la localisation. Un actif sans électricité sécurisée n'est pas un datacenter en puissance, c'est un entrepôt qui attend.

C'est aussi ce qui rend la transformation brown-to-green intéressante. Les sites industriels disposent souvent de raccordements obtenus à une époque où personne ne se les disputait. Les remettre à niveau coûte moins cher que d'attendre six ans une prise neuve.

Ce qu'il faut retenir

Trois idées simples. La contrainte numéro un des datacenters IA en Europe est électrique, pas informatique. Le calendrier de raccordement détermine la valeur d'un actif autant que sa surface. Et cette situation va durer, car les renforcements de réseau se comptent en décennies, pas en trimestres.

Le prochain indicateur à suivre : les décisions de RTE et de la CRE sur la priorisation des raccordements. Ce sont ces arbitrages, plus que les annonces de GPU, qui fixeront la carte des datacenters français de 2030.

Lila Benhammou est Co-Fondatrice et Directrice des Investissements (CIO) de FINXIA Capital SCSp, véhicule d'investissement propriétaire luxembourgeois positionné sur les actifs réels et l'infrastructure IA.