Électricité décarbonée : l'avantage français qui attire les datacenters IA
Par Lila Benhammou, Co-Fondatrice & CIO — FINXIA Capital
Quand Mistral AI lève 3 milliards d'euros et annonce vouloir quadrupler sa capacité de calcul, une question suit immédiatement : où brancher tout cela ? De plus en plus, la réponse est la France. Pas seulement pour des raisons politiques. Pour une raison physique : son électricité.
Le mix électrique français repose sur le nucléaire et l'hydraulique. Résultat : une production décarbonée à plus de 90 %, disponible en continu, à des prix industriels parmi les plus bas d'Europe. Pour un datacenter IA qui tourne vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ces trois caractéristiques comptent autant que le tarif affiché au mégawattheure.
La comparaison avec les voisins est instructive. L'Allemagne reste exposée au charbon et à la volatilité des prix depuis sa sortie du nucléaire. L'Irlande, longtemps favorite des hyperscalers, plafonne : les datacenters y absorbent déjà plus d'un cinquième de l'électricité nationale, et les nouveaux projets sont suspendus autour de Dublin. Les Pays-Bas ont connu un moratoire sur les permis.
Le carbone devient un critère économique
La directive européenne EED impose aux datacenters un reporting détaillé de leur consommation et de leur empreinte carbone. Les hyperscalers, eux, se sont engagés publiquement sur des objectifs de neutralité. Un mégawatt français, décarboné par construction, leur évite des achats de compensation coûteux et simplifie leur conformité réglementaire.
Les acteurs souverains raisonnent de la même façon. Le projet Campus AI, qui associe Mistral, NVIDIA et Bpifrance, a retenu un premier site de 1,4 GW en Seine-et-Marne. Le deuxième campus, financé à hauteur de 7,5 milliards d'euros avec MGX, suivra la même logique : rester au plus près d'une électricité abondante, stable et propre.
Un avantage qui ne se décrète pas
On ne construit pas un parc nucléaire en cinq ans. L'avantage français est le fruit de décisions prises il y a quarante ans, et il n'est pas éternel : les prolongations de réacteurs ont montré à quel point le système reste sensible. Mais à horizon 2030, aucun grand pays européen ne pourra répliquer ce mix.
L'Espagne offre un complément intéressant : un solaire abondant, des prix compétitifs, des terrains disponibles. C'est l'une des raisons pour lesquelles notre cartographie TITAN DC AI couvre les deux pays.
Ce que cela change pour l'investisseur
Chez FINXIA Capital, nous intégrons l'intensité carbone de l'électricité locale dans chaque modèle de valorisation. Elle influe sur le PUE effectif, sur l'attractivité locative auprès des hyperscalers, et bientôt sur la valeur de revente, à mesure que le reporting EED devient contraignant.
Concrètement, deux actifs techniquement identiques ne se valent pas s'ils sont branchés sur deux réseaux différents. Celui qui tourne à l'électricité décarbonée loue plus vite, plus cher, et à des locataires plus solides.
Ce qu'il faut retenir
La France possède un avantage réel dans la course aux datacenters IA : une électricité abondante, stable et décarbonée. Cet avantage attire déjà les capitaux, de Campus AI aux projets des hyperscalers.
Le risque serait de le gâcher par lenteur administrative. Les files d'attente de raccordement sont l'autre face du succès. Pour l'investisseur, cela renforce la valeur des actifs déjà raccordés ou dont le raccordement est en cours.
Lila Benhammou est Co-Fondatrice et Directrice des Investissements (CIO) de FINXIA Capital SCSp, véhicule d'investissement propriétaire luxembourgeois positionné sur les actifs réels et l'infrastructure IA.