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Energy & Infrastructure••6 min de lecture

Eau et datacenters : le WUE, prochaine frontière de l'investissement numérique en Europe

Par Lila Benhammou, Co-Fondatrice & CIO — FINXIA Capital

Après l'électricité, l'eau. Un datacenter refroidi par évaporation peut consommer autant d'eau qu'une ville de 10 000 habitants. En Espagne et en Italie, où la sécheresse devient structurelle, cette consommation transforme les permis — et bientôt les valorisations.

Quelques repères. Un mégawatt informatique refroidi par tour évaporative absorbe 25 à 30 millions de litres par an. Depuis 2024, la directive EED impose aux datacenters de plus de 500 kW de déclarer leur WUE — le water usage effectiveness, qui mesure les litres consommés par kilowattheure informatique. Comme le PUE il y a dix ans, l'indicateur sort de l'ombre.

Le terrain devance la réglementation. En Aragon, l'opposition locale a imposé un plafond hydrique à un projet hyperscale. En Catalogne comme en Castille, les déclarations d'utilité publique examinent désormais le plan eau au même titre que le raccordement électrique. Aux Pays-Bas, des permis ont été suspendus pour cette seule raison.

Les technologies qui divisent la consommation

Le refroidissement liquide direct-to-chip change l'équation : la chaleur part dans une boucle d'eau fermée, sans évaporation. Un rack GPU de 100 kW refroidi par liquide consomme 80 à 90 % d'eau en moins qu'une salle évaporative équivalente. L'adiabatique, lui, n'utilise l'eau que quelques centaines d'heures par an, les jours les plus chauds.

La géographie reste un choix technologique. Le free cooling nordique fonctionne à l'air presque toute l'année ; dans le sud de l'Espagne ou de l'Italie, seules les boucles fermées et le liquide permettent de tenir un WUE inférieur à 0,2 litre par kilowattheure — le seuil que les collectivités commencent à exiger.

Ce que cela change pour l'investisseur

Le WUE entre en due diligence au même titre que le PUE. Un site évaporatif dans une zone de stress hydrique porte trois risques cumulés : refus de permis pour l'extension, renégociation des prélèvements en sécheresse, et coût de mise aux normes. Ces risques se chiffrent — et commencent à apparaître dans les décotes.

À l'inverse, un actif en boucle fermée ou en liquide dispose d'une double prime : acceptabilité locale immédiate et compatibilité avec les densités GPU, qui imposent de toute façon le refroidissement liquide. La contrainte eau et la contrainte densité se résolvent par la même technologie — il est rare qu'un investissement règle deux problèmes à la fois.

Comment nous l'appliquons chez FINXIA

Dans la stratégie TITAN DC AI, la revue initiale inclut désormais un score eau : bassin versant, historique de sécheresse sur vingt ans, technologie de refroidissement installée et WUE cible après transformation. En Espagne et en Italie, l'absence de plan eau crédible est devenue un critère éliminatoire.

Nos transformations brown intègrent le refroidissement liquide dès la conception. Le surcoût est réel — de l'ordre de 10 à 15 % du budget technique — mais il sécurise le permis, la densité et la sortie. Sur un actif détenu dix ans, c'est le meilleur calcul du dossier.

Ce qu'il faut retenir

L'eau rejoint l'électricité au rang des contraintes structurantes du datacenter européen. EED, sécheresses, exigences locales : le WUE sera dans toutes les data rooms d'ici deux ans.

À surveiller : les premiers seuils WUE contraignants en Espagne et aux Pays-Bas, et l'apparition de la ligne « plan eau » dans les permis de construire des campus de plus de 50 MW.

Lila Benhammou est Co-Fondatrice et Directrice des Investissements (CIO) de FINXIA Capital SCSp, véhicule d'investissement propriétaire luxembourgeois positionné sur les actifs réels et l'infrastructure IA.