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Digital Infrastructure6 min de lecture

Les datacenters modulaires : le coup d'accélération de Schneider Electric et la révolution de l'edge computing

Par Lila Benhammou, Co-Fondatrice & CIO — FINXIA Capital

Schneider Electric vient d'annoncer un investissement de 1,5 milliard d'euros dans les datacenters modulaires. Le fabricant français de solutions électriques, qui fournit déjà 40% des équipements des hyperscalers mondiaux, mise sur une architecture qui promet de réduire les délais de construction de 70% et les coûts de 50%. Mais pourquoi cette approche est-elle le futur de l'infrastructure IA ?

Un datacenter modulaire, c'est simple : au lieu de construire un bâtiment de 10 000 m² en béton, on assemble des conteneurs préfabriqués. Chaque conteneur est une unité autonome — refroidissement, électrique, réseau, sécurité. On les pose sur un terrain, on les raccorde au réseau, et en 6 mois on a un datacenter opérationnel. Contre 3 à 4 ans pour un datacenter traditionnel.

L'avantage est double. D'abord, la vitesse. Quand une entreprise comme Anthropic annonce qu'elle a besoin de 10 000 GPU dans les 12 mois, les hyperscalers ne peuvent pas attendre 4 ans. Les modules leur permettent de déployer rapidement. Ensuite, la flexibilité. On peut ajouter des modules au fur et à mesure de la demande. Un datacenter de 5 MW devient un datacenter de 50 MW en ajoutant 9 conteneurs. C'est le modèle Lego appliqué à l'infrastructure critique.

Schneider Electric : le pari de l'industrialisation

Schneider n'est pas un nouveau venu. Le groupe français fournit déjà les équipements électriques des plus grands datacenters du monde. Mais son investissement dans les modules marque un changement de posture : au lieu de vendre des composants, il vend des systèmes complets. Chaque module est un produit standardisé, avec des certifications Tier III ou IV, des PUE inférieurs à 1,20, et une intégration native aux réseaux intelligents.

Le modèle économique est astucieux. Schneider ne construit pas les datacenters — il vend les modules. L'opérateur achète le terrain, raccorde l'électricité, et pose les modules. Schneider fournit la maintenance, la mise à jour, et l'extension. C'est un modèle de revenus récurrents : chaque module génère un contrat de maintenance de 15 ans. Pour un investisseur, c'est une infrastructure avec un LTV prévisible.

Les modules face au défi énergétique français

La France a un problème unique : une demande de datacenters qui explose (18 GW réservés, RTE annonce 35 GW d'ici 2030) et une capacité de raccordement qui peine à suivre. Les datacenters traditionnels demandent 2 à 3 ans de permis. Les modules, 6 mois. Mais le goulot d'étranglement n'est pas le bâtiment — c'est le réseau électrique. RTE, l'opérateur du réseau de transport, a une file d'attente de 12 000 demandes de raccordement.

C'est là que la modularité devient stratégique. Un module de 5 MW peut fonctionner sur un réseau de distribution existant, sans nécessiter de nouveau poste de transformation. Un module de 20 MW, oui. Mais un opérateur intelligent commence par 5 MW, génère des revenus, et finance l'extension du réseau avec ses cash-flows. C'est le modèle brown-to-green que FINXIA Capital applique : transformer des actifs existants en infrastructures certifiées, étape par étape.

La thèse d'investissement : modulaire comme levier de déploiement

FINXIA Capital a intégré la modularité dans sa stratégie TITAN DC AI. Les 47 actifs brown identifiés en France, Espagne et Italie ne sont pas des sites pour des datacenters de 100 MW. Ce sont des sites pour des modules de 5 à 10 MW, déployables rapidement, extensibles progressivement, et certifiables ESG SFDR Art.9. L'avantage : un ticket d'entrée plus bas, un délai de rentabilité plus court, et une flexibilité stratégique.

Le calcul est simple. Un module de 5 MW, coût de transformation 8 millions d'euros, génère 1,2 million d'euros de revenus annuels. Avec un contrat d'achat d'électricité (PPA) décarboné, le rendement est de 12% à 15%. C'est supérieur aux rendements des hyperscalers en marché primaire (6% à 8%), et inférieur aux risques d'un greenfield (3 à 5 ans de délai). C'est le sweet spot du brown-to-green modulaire.

Ce que les investisseurs doivent comprendre

Le datacenter modulaire n'est pas une mode. C'est une réponse structurelle à un problème structurel : la demande de capacité IA croît plus vite que la capacité de construire. Les hyperscalers l'ont compris : Microsoft, Google et Amazon testent tous des solutions modulaires. Les néoclouds européens l'ont compris : OVHcloud et Scaleway déploient des modules pour étendre rapidement leur couverture.

La fenêtre d'investissement est 2026-2028. Après, les modules seront standardisés, les prix seront compétitifs, et la prime de premier entrant sera absorbée. Celui qui investit maintenant dans les sites modulaires — les actifs brown avec les bonnes caractéristiques de raccordement — capturera la prime de transformation. C'est là que FINXIA Capital positionne son capital.

Lila Benhammou est Co-Fondatrice et Directrice des Investissements (CIO) de FINXIA Capital SCSp, véhicule d'investissement propriétaire luxembourgeois positionné sur les actifs réels et l'infrastructure IA.