Datacenter : pourquoi les capitaux remontent vers les pays nordiques et l'Allemagne
Par Lila Benhammou, Co-Fondatrice & CIO — FINXIA Capital
La carte européenne du datacenter ne se lit plus seulement depuis Francfort, Londres, Amsterdam ou Paris. Elle remonte vers l'hydroélectricité scandinave et les réseaux de chaleur finlandais, tout en restant solidement ancrée en Allemagne. Deux logiques différentes attirent les capitaux : au nord, l'énergie et le climat ; en Allemagne, la demande et l'interconnexion.
Le mouvement nordique est mesurable. Microsoft a engagé 3,2 milliards de dollars pour développer son infrastructure cloud et IA en Suède. En 2026, Equinix et CPP Investments ont acquis atNorth sur la base d'une valeur d'entreprise d'environ 4 milliards de dollars, avec 1 GW de puissance sécurisée pour sa croissance. Le marché ne paie pas seulement des bâtiments : il paie un accès futur à l'électricité.
Le climat fait une partie du travail de refroidissement. Le free cooling et les températures froides permettent à de nouveaux sites de viser un PUE autour de 1,1 à 1,2, sous réserve de la charge et de la conception. Les réseaux de chaleur urbains offrent en outre un débouché à la chaleur fatale. Mais un PUE théorique n'est ni un PUE annuel mesuré ni une garantie de marge.
Nordiques et Allemagne : deux thèses, pas une seule
Dans les pays nordiques, l'investisseur cherche d'abord une électricité abondante et bas carbone, du foncier et une efficacité énergétique favorable. En Allemagne, il achète plutôt la proximité des entreprises, du cloud souverain et de DE-CIX à Francfort. Google illustre cette profondeur de demande avec un programme de 5,5 milliards d'euros entre 2026 et 2029, comprenant un nouveau datacenter à Dietzenbach et des investissements à Hanau.
L'Allemagne impose aussi le cadre technique le plus visible. Dans l'état actuel de l'EnEfG, les nouveaux datacenters mis en service depuis juillet 2026 doivent atteindre un PUE maximal de 1,2 et un taux de réutilisation d'énergie de 10 %, puis 15 % en 2027 et 20 % en 2028 selon leur date d'ouverture. Une réforme est en discussion : les textes applicables et le calendrier doivent donc être revérifiés à chaque closing.
Pour et contre : ce que cache le PUE
Pour les Nordiques : énergie renouvelable, climat favorable, possibilités de valoriser la chaleur et foncier disponible hors des métropoles. Contre : coûts de construction, éloignement de certains clients, files de raccordement et fiscalité moins accommodante. La Finlande a ainsi fait passer les datacenters de la classe d'électricité réduite à la classe générale le 1er juillet 2026, soit +2,19 centimes par kWh selon le gouvernement.
Pour l'Allemagne : clients industriels denses, écosystème cloud et interconnexion de premier plan. Contre : prix de l'électricité, réseau contraint autour de Francfort et obligations de chaleur qui imposent un débouché réel. Un site excellent pour l'inférence de proximité n'est pas nécessairement le meilleur pour un entraînement HPC massif. La charge de travail doit décider de la géographie.
Comment nous l'appliquons chez FINXIA
Dans TITAN DC AI, nous comparons le coût complet du mégawatt livré : raccordement, fiscalité, construction, refroidissement et délai de mise en service. Nous distinguons également la chaleur techniquement récupérable de la chaleur réellement vendue ou injectée dans un réseau. Cette différence change le compte d'exploitation et la conformité réglementaire.
Notre lecture brown-to-green privilégie les friches électro-intensives lorsque les infrastructures existantes raccourcissent réellement le projet. Elle reste sélective : un raccordement ancien peut être insuffisant pour des racks NVIDIA haute densité, et un réseau de chaleur proche ne vaut que si son opérateur veut contractualiser.
Ce qu'il faut retenir
Les Nordiques sont une thèse énergie-efficacité ; l'Allemagne une thèse demande-interconnexion sous contrainte réglementaire. Aucune n'est supérieure en soi. Le bon choix dépend du client, de la latence, du prix complet de l'électricité et du calendrier de raccordement. Les meilleurs projets documentent ces quatre éléments avant d'annoncer des mégawatts.
À surveiller : les prix de l'électricité par zone, les délais réels de raccordement, l'évolution de l'EnEfG allemand et la capacité des opérateurs à publier des PUE et taux de réutilisation mesurés plutôt que des objectifs de conception.
Lila Benhammou est Co-Fondatrice et Directrice des Investissements (CIO) de FINXIA Capital SCSp, véhicule d'investissement propriétaire luxembourgeois positionné sur les actifs réels et l'infrastructure IA.