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Digital Infrastructure5 min de lecture

Les clouds chinois en Europe : une menace ou une opportunité pour les investisseurs ?

Par Lila Benhammou, Co-Fondatrice & CIO — FINXIA Capital

Alibaba Cloud vient d'annoncer un investissement de 2 milliards d'euros en Europe. Huawei Cloud opère déjà 5 régions sur le continent. Tencent Cloud s'installe en Allemagne. Les clouds chinois sont là. Mais leurs datacenters posent une question que les investisseurs européens ne peuvent plus ignorer : qui contrôle l'infrastructure, contrôle les données.

La stratégie est claire. Les clouds chinois ne visent pas les grandes entreprises — elles sont déjà verrouillées par AWS, Azure et Google. Leur cible, ce sont les PME, les administrations locales, les hôpitaux, les universités. Des acteurs qui n'ont pas les moyens de négocier avec les hyperscalers américains et qui cherchent des alternatives moins chères.

Le problème, c'est la réglementation. Le GDPR européen impose que les données personnelles des citoyens européens restent en Europe. Mais un datacenter opéré par Huawei à Francfort est-il vraiment européen ? La question n'est pas technique — elle est géopolitique. Et les investisseurs qui entrent dans ce segment doivent comprendre les risques de compliance qui y sont attachés.

L'offensive chinoise par les chiffres

Alibaba Cloud compte 87 zones de disponibilité dans le monde, dont 12 en Europe. Huawei Cloud en compte 70, avec 5 régions européennes. Tencent Cloud, plus petit, vise 3 régions d'ici 2027. Ensemble, ces trois acteurs représentent 15% du marché du cloud en Europe — un chiffre qui double tous les 18 mois.

Leur avantage compétitif est brutal : le prix. Un serveur virtuel chez Alibaba Cloud coûte 40% moins cher que l'équivalent AWS. Un stockage objet coûte 50% moins cher. Pour une PME européenne qui cherche à réduire ses coûts IT, la décision est simple. Pour un investisseur qui cherche à comprendre la dynamique de marché, c'est un signal fort.

Les risques que les investisseurs doivent évaluer

Le premier risque est réglementaire. La Commission européenne a adopté le Data Act en 2024, qui impose des conditions strictes sur le transfert de données vers des pays tiers. La Chine n'est pas considérée comme un pays adéquat par la Commission. Un datacenter chinois en Europe peut donc être soumis à des restrictions de transfert qui le rendent non compétitif.

Le second risque est géopolitique. Les tensions entre les États-Unis et la Chine se traduisent par des sanctions technologiques croissantes. Un investisseur qui dépend de composants chinois pour son datacenter — GPUs, serveurs, équipements réseau — court le risque d'une interruption de supply chain. C'est déjà arrivé avec les sanctions sur les puces NVIDIA.

L'opportunité : le cloud souverain comme rempart

C'est précisément dans cette tension que naît l'opportunité pour les investisseurs européens. Les clouds chinois créent une pression compétitive qui force les acteurs européens à se structurer. OVHcloud, Scaleway, STACKIT — les clouds souverains français et allemands — bénéficient d'un vent de faveur politique et réglementaire qui leur ouvre des marchés jusque-là verrouillés par les Américains.

FINXIA Capital voit dans cette dynamique un catalyseur pour sa stratégie TITAN DC AI. Les entreprises européennes qui hésitent entre AWS et Alibaba Cloud finissent par choisir un tiers : l'infrastructure européenne. Mais ce tiers n'existe pas encore à l'échelle. Il faut le construire. Et c'est là que le brown-to-green entre en jeu : transformer des datacenters existants en infrastructures certifiées, souveraines, et compétitives.

Ce que les investisseurs doivent comprendre

Les clouds chinois ne sont pas une menace pour les investisseurs européens — ils sont un accélérateur. Ils créent la pression qui force les régulateurs à durcir les normes de souveraineté, qui pousse les entreprises à chercher des alternatives, qui ouvre des marchés pour l'infrastructure européenne. L'investisseur qui comprend cette causalité peut positionner son capital avant que la prime ne soit arbitrée.

La fenêtre est 2026-2028. Après, les positions seront prises. Les clouds chinois auront verrouillé le segment PME, les hyperscalers américains auront renforcé leur emprise sur les grands comptes, et les infrastructures souveraines européennes — si elles existent — auront capturé le marché intermédiaire. Celui qui investit dans l'infrastructure physique aujourd'hui, investit dans la souveraineté numérique de demain.

Lila Benhammou est Co-Fondatrice et Directrice des Investissements (CIO) de FINXIA Capital SCSp, véhicule d'investissement propriétaire luxembourgeois positionné sur les actifs réels et l'infrastructure IA.