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Digital Infrastructure6 min de lecture

Cloud souverain français : Stackit, OVHcloud et la bataille contre AWS et Azure

Par Lila Benhammou, Co-Fondatrice & CIO — FINXIA Capital

Stackit, le cloud de Lidl, vient d'annoncer un investissement de 1 milliard d'euros en Allemagne. OVHcloud lève 400 millions. Scaleway déploie 3 nouvelles régions. Les clouds souverains français sont en offensive. Mais face à AWS et Azure, qui détiennent 55% du marché européen, peuvent-ils vraiment rivaliser sans une infrastructure physique de rupture ?

Le cloud souverain n'est pas un concept marketing — c'est une exigence réglementaire. Le GDPR impose que les données personnelles des citoyens européens restent en Europe. Le Data Act, entré en vigueur en 2024, renforce cette contrainte en imposant la portabilité des données et l'interopérabilité des services. Pour une entreprise qui traite des données de santé, de finance, ou de défense, le cloud souverain n'est pas une option — c'est une obligation.

Mais l'obligation ne crée pas automatiquement le marché. Les clouds souverains français (OVHcloud, Scaleway, STACKIT, Outscale) représentent ensemble 8% du marché européen du cloud. AWS seul en détient 32%. Azure, 23%. La différence n'est pas dans les logiciels — elle est dans l'infrastructure. Un hyperscaler américain dispose de 200+ régions dans le monde. OVHcloud en compte 37. Scaleway, 8.

Stackit : la surprise allemande qui fait trembler les Français

Stackit est le cloud de Lidl, le distributeur allemand. Lancé en 2020, il est passé en 6 ans de zero à 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires. Son modèle est simple : héberger les workloads de Lidl, puis vendre l'excès de capacité à des tiers. C'est le même modèle qu'AWS (Amazon Web Services, né du besoin d'Amazon), mais avec une twist européenne : la souveraineté garantie par la loi allemande.

Le succès de Stackit repose sur une donnée que les clouds français ont sous-estimée : la confiance des PME. Une PME allemande préfère héberger ses données chez Stackit — parce que c'est allemand, parce que c'est fiable, parce que le support est en allemand. La même logique s'applique en France : les PME françaises préfèrent OVHcloud ou Scaleway. Mais le problème est la capacité. OVHcloud n'a pas assez de datacenters pour absorber la demande si toutes les PME françaises migraient demain.

OVHcloud : le champion français aux pieds d'argile

OVHcloud est le plus grand cloud souverain européen. 37 datacenters, 1,6 million de clients, 900 millions d'euros de chiffre d'affaires. Mais son histoire est aussi un avertissement. En 2021, l'incendie de son datacenter de Strasbourg a détruit 3,6 millions de sites web et causé une perte de 60 millions d'euros. L'incident a révélé une fragilité structurelle : la surconcentration des workloads dans un seul site.

Depuis, OVHcloud a investi dans la redondance géographique. Mais la leçon reste : un cloud souverain n'est pas souverain s'il n'est pas résilient. Et la résilience ne s'achète pas dans les logiciels — elle s'achète dans les datacenters. OVHcloud doit construire 10 nouveaux datacenters d'ici 2030 pour tenir sa promesse de souveraineté. Cela représente 2 milliards d'euros d'investissement. Où trouver cet argent ? La réponse est dans les marchés financiers — et c'est là que les investisseurs institutionnels entrent en jeu.

La thèse d'investissement : le datacenter comme pierre angulaire

La bataille du cloud souverain ne se gagnera pas dans les interfaces utilisateur ou les prix. Elle se gagnera dans la capacité à offrir une infrastructure physique certifiée, décarbonée, et résiliente. C'est précisément ce que la stratégie TITAN DC AI de FINXIA Capital vise : transformer des datacenters brown existants en infrastructures green certifiées, prêtes à héberger les workloads des clouds souverains.

FINXIA Capital a identifié 23 actifs en France qui, une fois transformés, pourraient devenir des sites d'ancrage pour OVHcloud, Scaleway ou des clouds souverains régionaux. Ces actifs sont situés dans des zones où la demande est forte mais l'offre faible : Lyon, Marseille, Toulouse, Nantes, Lille. Un datacenter de 10 MW dans ces villes, certifié Tier III et PUE < 1,20, peut générer un rendement de 10% à 12% — bien au-dessus du marché primaire.

Ce que les investisseurs doivent comprendre

Le cloud souverain français n'est pas une mode. C'est une tendance structurelle soutenue par la réglementation, la géopolitique, et la conscience citoyenne. Les Français ne veulent plus que leurs données soient hébergées en Virginie ou en Oregon. Ils veulent qu'elles restent en France. Cette demande, multipliée par 27 millions de PME européennes, crée un marché de 15 milliards d'euros d'ici 2030.

L'investisseur qui comprend cette dynamique ne mise pas sur un seul cloud — il mise sur l'infrastructure qui les fait tous tourner. Les datacenters. Les actifs réels. Les briques et le mortier. C'est là que la valeur se crée. C'est là que la souveraineté se construit. Et c'est là que FINXIA Capital investit.

Lila Benhammou est Co-Fondatrice et Directrice des Investissements (CIO) de FINXIA Capital SCSp, véhicule d'investissement propriétaire luxembourgeois positionné sur les actifs réels et l'infrastructure IA.