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Investment Strategy••6 min de lecture

Capex des hyperscalers : 300 milliards chez Alphabet, 175 chez Microsoft — quelle demande pour les datacenters ?

Par Lila Benhammou, Co-Fondatrice & CIO — FINXIA Capital

Les publications trimestrielles qui viennent de tomber donnent au cycle de l'infrastructure IA une visibilité rare. Microsoft table sur environ 175 milliards de dollars de dépenses d'investissement pour l'année civile 2026, après un trimestre où son capex a presque doublé à 39,4 milliards. Alphabet prépare, lui, plus de 300 milliards pour 2027. Derrière ces chiffres, une réalité physique : des datacenters à construire, raccorder et exploiter.

La demande, elle, est bien au rendez-vous : Azure progresse de 48 % sur un an, le cloud de Microsoft atteint 63,9 milliards de dollars de revenus trimestriels, et celui d'Alphabet a doublé pour atteindre 30,7 milliards. Ce ne sont plus des paris sur l'usage futur de l'IA — ce sont des revenus cloud existants qui tirent la capacité.

Le marché boursier, lui, fait la part des choses : Alphabet a perdu jusqu'à 10 % après ses résultats, sanctionné pour des dépenses jugées élevées malgré la croissance. Les investisseurs ne contestent plus la demande, ils scrutent les rendements. C'est une nuance importante pour qui investit dans la chaîne d'infrastructure.

Une demande pluriannuelle, pas un feu de paille

Ce que ces guidances changent, c'est l'horizon de visibilité. Des capex engagés sur 2026 et 2027 signifient des commandes de capacité qui se matérialiseront sur plusieurs années : serveurs, réseaux, mais aussi bâtiments, raccordements électriques et refroidissement. La chaîne d'infrastructure physique bénéficie d'un effet de carnet de commandes.

Pour l'Europe, la question est de savoir quelle part de ces gigantesques enveloppes viendra se localiser sur le continent. Les contraintes de souveraineté numérique, de résidence des données et de latence militent pour une part croissante de capacité européenne — encore faut-il que les sites, les permis et les mégawatts soient disponibles au moment où les commandes arrivent.

Ce que cela change pour l'investisseur

La première lecture est favorable : des clients dont les capex se chiffrent en centaines de milliards sont des contreparties solides et des signataires de contrats longs. La demande de datacenters ne repose plus sur des projections, mais sur des budgets votés et publiés.

La seconde lecture appelle la discipline : la réaction boursière à Alphabet rappelle que la patience des marchés a des limites. Si les rendements de l'IA déçoivent, les capex seront revus — et les capacités les plus exposées à un seul client ou à des contrats courts en souffriront. La sélectivité sur les contreparties et la durée des engagements reste la meilleure protection.

Comment nous l'appliquons chez FINXIA

Dans la stratégie TITAN DC AI, ces guidances confortent notre scénario central : la rareté des sites préparés et des mégawatts raccordés va persister face à une demande pluriannuelle. Nous privilégions les actifs dont la valeur tient à ce que les hyperscalers ne peuvent pas accélérer — le foncier connecté, la puissance disponible, les permis.

Nous retenons aussi la leçon de la réaction boursière : notre analyse de contreparties distingue les engagements fermes des intentions. Un actif adossé à un contrat long avec un client dont le capex est publié et financé ne présente pas le même profil qu'une capacité spéculative construite sur des anticipations.

Ce qu'il faut retenir

Microsoft vise environ 175 milliards de dollars de capex en 2026, Alphabet plus de 300 milliards en 2027, avec des croissances cloud de 48 % et un doublement respectivement. La demande d'infrastructure IA est documentée, pluriannuelle — mais les marchés exigent désormais des preuves de rendement, ce qui renforce la prime aux actifs bien contractualisés.

À surveiller : la localisation européenne de ces capex, les prochains contrats de capacité signés en Europe, et l'évolution du discours des hyperscalers sur le retour sur investissement de l'IA lors des prochains trimestriels.

Lila Benhammou est Co-Fondatrice et Directrice des Investissements (CIO) de FINXIA Capital SCSp, véhicule d'investissement propriétaire luxembourgeois positionné sur les actifs réels et l'infrastructure IA.