Datacenter IA : pourquoi NVIDIA évalue d'anciennes centrales nucléaires allemandes
Par Lila Benhammou, Co-Fondatrice & CIO — FINXIA Capital
L'annonce est discrète mais symbolique : NVIDIA et PreussenElektra, la filiale de démantèlement d'E.ON, vont évaluer ensemble si d'anciennes centrales nucléaires allemandes peuvent accueillir des usines à IA. Huit sites en cours de démantèlement, avec en commun ce que le marché recherche désespérément : du foncier industriel, des raccordements électriques dimensionnés pour des centrales et une infrastructure déjà en place.
Le principe n'est pas de relancer le nucléaire — l'Allemagne a fermé son dernier réacteur en avril 2023 — mais de réutiliser ce qui a coûté des décennies à construire : les raccordements haute tension, les réseaux d'eau de refroidissement, les emprises foncières et l'acceptabilité d'un usage industriel. C'est le brown-to-green appliqué aux sites les plus électro-intensifs du pays.
La démarche reste prudente : il s'agit d'une évaluation ouverte, sans décision d'investissement ni choix de site, et les calendriers de démantèlement courent dans les années 2030. Reste que le signal compte : le premier fournisseur de puces IA au monde regarde désormais les friches énergétiques comme des gisements de capacité.
Pourquoi les friches électriques deviennent stratégiques
Le goulot d'étranglement de l'IA n'est plus seulement le GPU : ce sont les années d'attente pour un raccordement réseau et les délais de permis. Un site déjà raccordé en très haute tension, avec un historique industriel, élimine les deux principales files d'attente. C'est exactement ce que les opérateurs recherchent quand les engagements de capacité se chiffrent en gigawatts.
L'Europe regorge de ces actifs : centrales à charbon ou nucléaires déclassées, sites sidérurgiques, raffineries. Leur point commun : la puissance était déjà là. Dans un marché où le mégawatt disponible devient la ressource rare, ces friches sont des réserves de temps autant que de foncier.
Ce que cela change pour l'investisseur
La revalorisation des friches électro-intensives change la lecture des bilans : des sites comptabilisés comme des passifs de démantèlement peuvent redevenir des actifs productifs. PreussenElektra le présente elle-même comme une réutilisation responsable et une nouvelle activité économique pour les régions.
Mais l'évaluation doit rester froide : une ancienne centrale n'est pas un datacenter clé en main. Les halles de turbines n'ont pas été conçues pour des racks haute densité ; il faut refaire le refroidissement, les sous-stations, la fibre, et composer avec des contraintes réglementaires spécifiques. Le brownfield crée de la valeur quand le coût de conversion reste inférieur au délai évité — pas automatiquement.
Comment nous l'appliquons chez FINXIA
Cette annonce valide directement notre biais brown-to-green dans la stratégie TITAN DC AI : nous ciblons des sites existants déjà alimentés et raccordés, dont la transformation coûte moins cher et surtout moins de temps qu'un greenfield. Voir NVIDIA appliquer cette grille de lecture à d'anciennes centrales conforte notre thèse.
Nous en retenons aussi la discipline : l'évaluation site par site — qualité du raccordement, eau, foncier, cadre réglementaire — est exactement notre processus de sélection. Et nous restons sur des sites où la transformation est réalisable à court terme, pas sur des promesses de démantèlement à dix ans.
Ce qu'il faut retenir
NVIDIA et PreussenElektra vont évaluer huit anciennes centrales nucléaires allemandes comme candidats à des usines à IA. Au-delà du symbole, c'est la reconnaissance que les friches électro-intensives — raccordées, viabilisées, industrielles — sont devenues des actifs stratégiques du déploiement de l'IA.
À surveiller : les premiers sites retenus à l'issue de l'évaluation, les montages industriels qui en découleront, et des initiatives comparables sur d'anciennes centrales à charbon en Europe.
Lila Benhammou est Co-Fondatrice et Directrice des Investissements (CIO) de FINXIA Capital SCSp, véhicule d'investissement propriétaire luxembourgeois positionné sur les actifs réels et l'infrastructure IA.